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L'agroalimentaire : un secteur industriel stratégique pour la France

180 milliards d’euros : c’est le montant estimé par l’Association Nationale des Industries Alimentaires (Ania) du chiffre d’affaires de l’agroalimentaire, premier secteur industriel français et premier employeur industriel avec près de 430 000 salariés. Ce chiffre d’affaires est réalisé par 16 500 entreprises, des PME et des TPE à 98 %, même si la France compte de grands leaders mondiaux du secteur.

  • Des métiers très différents aux problématiques variées

L’Ania a identifié 11 métiers dont chacun présente des spécificités et donc des problématiques différentes. Par exemple, l’industrie du sucre est confrontée à des problèmes technologiques liés à la corrosion. Celle de la viande présente des caractéristiques particulières sur la phase d’abattage. Les industriels s’appuient sur des centres techniques spécialisés par métier.

  • Cinq défis majeurs

Pour l'Ania, les industriels de l’agroalimentaire doivent relever cinq grands défis :

  • nourrir 10 milliards d’habitants sur terre à l’horizon 2050 ;
  • préserver les ressources naturelles de la planète ;
  • protéger les savoir-faire et la culture alimentaire ;
  • soutenir la compétitivité ;
  • accompagner la transition écologique.

Ces deux derniers défis peuvent être des opportunités pour les fabricants de biens d'équipement et la chaîne de valeur associée.

  • Un secteur rentable mais aux marges de manœuvre réduites

Entre 2013 et 2020, la production des industries agroalimentaires en France a chuté de 3,5 %, contre 0,7 % pour l’ensemble de l’industrie manufacturière sur la même période. Une baisse liée à des problèmes de compétitivité.

De 2000 à 2020, le secteur a connu une baisse continue de ses taux de marge très dépendants de la forte volatilité des cours des matières premières, de la concentration des centrales d’achat autour de quatre groupes et d’un environnement d’achats contraint. Malgré tout, le taux de marge (36 %) est supérieur à celui de l’industrie manufacturière (33 %). L’agroalimentaire reste donc un secteur rentable même si ses marges de manœuvre se réduisent d’année en année.

La crise sanitaire a eu un fort impact sur l’activité au cours du premier confinement avec une réduction de 24 % du chiffre d’affaires. À partir de juin, une reprise progressive a permis de limiter à – 5% la baisse du chiffre d’affaires. Ces chiffres agrégés traduisent mal les variations importantes suivant les métiers.

  • Vers une reprise des investissements ?

L'Insee table sur une baisse des investissements de - 14 % pour l'industrie manufacturière, moitié moins (- 7%) pour l'agroalimentaire

Selon un sondage de l’Ania, 64 % de ses adhérents ont annulé ou reporté leurs investissements, notamment en raison du manque de visibilité des marchés. Pour 2021, les investissements devraient repartir à la hausse (+ 7 %), un chiffre à prendre avec précaution, car l'enquête a été réalisée avant le deuxième confinement.

64 % des industriels sont prêts à réactiver leurs projets s'ils obtiennent des subventions. L'agroalimentaire fait partie des cinq secteurs stratégiques prévus dans le Plan de Relance pour soutenir la relocalisation et la modernisation des unités de production, afin de réduire la dépendance du pays vis-à-vis de fournisseurs non européens.

D'autres dispositifs existent, à l'image de « Territoire d’industrie » qui vise à améliorer la compétitivité des sites français, pour contribuer à la transition écologique et à la relocalisation des chaînes de production dans l’Hexagone.

  • La transformation numérique au cœur des enjeux de la filière

La digitalisation répond à quatre enjeux du secteur. Premier enjeu, l'automatisation et la robotisation des équipements pour les PME, des usines pour les grands groupes, permettent d'améliorer la compétitivité des entreprises. Parmi les attentes importantes du secteur, la maintenance prédictive vise à réduire les arrêts des lignes de production qui représentent un coût important.

Deuxième enjeu, la traçabilité pour rassurer les consommateurs sur la sécurité sanitaire des produits, leur composition, leur origine, leur mode de fabrication et leur transformation. En cas de problème, il faut être capable de savoir quelle usine et quelle partie du process sont défaillants.

Troisième enjeu auquel répond l'automatisation, la modularité des équipements. La demande des consommateurs évolue, pour devenir de plus en plus individualisée. La tendance n'est plus à acheter un plat cuisiné, mais plutôt une recette avec les ingrédients pour la réaliser. Résultat : la ligne de production devient modulaire, avec une capacité à changer rapidement de produit. Plus agiles que les grands groupes, les PME peuvent tirer leur épingle du jeu.

Quatrième enjeu : l'interopérabilité des équipements et le développement de modèles de données standards.

  • L'indispensable transformation écologique

Les industries agroalimentaires sont très consommatrices d'eau, d'énergie et de matières premières. Elles attendent des solutions pour limiter ces consommations, notamment celle de l'eau, utilisée dans les phases de nettoyage des machines entre deux cycles.

Comme pour le reste de l'industrie, la diminution de l'empreinte carbone suppose d'augmenter la durée de vie des équipements, tout en s'assurant que leur fonctionnalité puisse changer dans le temps en fonction de l'évolution des marchés. L'extension de la durée de vie des machines pourrait d'ailleurs modifier le business model des fabricants qui loueraient leurs équipements avec des mises à jour régulières en fonction des progrès techniques.

Point de vue

« L’objectif c’est de fédérer les compétences pour les mettre à disposition des industriels de l’agroalimentaire. Ces derniers réinventent leur modèle en particulier pour produire à façon. Les mécaniciens peuvent proposer des équipements pour garantir la traçabilité et adapter rapidement la production aux attentes du marché. »

 

Philippe Hincelin, directeur général d’Agrosphères, association des industries agroalimentaires des Hauts-de-France

PhilippeHincelin« Les entreprises ont souffert différemment suivant leur marché. Les plus impactées par la crise sanitaire sont bien sûr celles qui travaillent directement avec la restauration. Pour autant, le plan de relance a généré des projets d’investissement et montré la volonté des industriels de se réinventer, d’imaginer de nouveaux produits et modes de conditionnement, d’investir et de se moderniser, pour continuer à produire en France. »

Bruno Pierre, président d’ABCD Nutrition, produits sans gluten et bio

BrunoPierre« L’emballage est l’un des enjeux de l’agroalimentaire. Toute la difficulté consiste à trouver des matériaux écologiques mais qui permettent la conservation des produits. L'ensemble du concept de conditionnement et d'emballage doit être repensé, sur fond de digitalisation. »

 

Le comité de marché de la FIM

La FIM a créé un comité de marché agroalimentaire qui réunit les industries mécaniciennes fournisseurs de ce secteur. Il assure trois missions :

  • renforcer leur attractivité notamment au travers d'échanges avec les entreprises agroalimentaires et les acteurs institutionnels ;
  • valoriser l’offre mécanicienne auprès des industriels de l'agroalimentaire, en particulier avec un annuaire des offres de solutions de l'industrie mécanique ;
  • assurer une veille marché et réglementaire.