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Avis des industriels

De nouveaux schémas de coopération

Parmi les nombreux défis à relever, les industriels et leurs partenaires ont dû trouver des solutions pour produire vite et localement, tout en sécurisant les approvisionnements et l'activité. Tel est le principal défi auquel les industriels et leurs partenaires ont été confrontés durant cette pandémie. Cela les a obligés à inventer de nouvelles formes de coopération, des façons novatrices de travailler ensemble qui préfigurent peut-être de nouveaux modèles de production.

Nouvelles coopérations, nouveaux modèles ?

Des alliances renforcées entre industriels et secteur public qui pourraient se nouer sans l’Etat

N’y a-t-il pas des risques, demain, pour l’indépendance des structures publiques dont les équipements seraient directement financés par les secteurs privés notamment autour de la protection des données ?

Certaines structures publiques se sont associées à des entreprises privées pour augmenter leur agilité en temps de crise et faire face à la crise sanitaire. C’est le cas notamment de l'Assistance Publique Hôpitaux de Paris qui a investi dans 60 imprimantes 3D de Stratasys, le leader du secteur, pour fabriquer des visières. Elles ont par la suite été réparties dans quatre hôpitaux qui disposent ainsi de leur propre unité de production. Depuis, elles sont utilisées pour fabriquer des pièces détachées de matériels médicaux et permettent d’assurer la maintenance de la plupart des équipements médicaux sans attendre une livraison de pièces détachées de Chine ou d’ailleurs. Une centaine de références est sortie des imprimantes afin de sauver les équipements en panne. De cette initiative de création d’un site de production propre à l’assistance publique, une douzaine de projets similaires est en cours de développement dans des hôpitaux de France ainsi qu'en Afrique.

Un nouveau rapport de l’industrie à son territoire

Les industries pourraient-elles s’intégrer davantage dans des micro-territoires, à l’image des écoquartiers qui intègrent la résilience dans leur modèle et innovent sur de nouveaux modes de fonctionnement (nouvelle façon de penser la gestion de l’énergie et de l’eau, procédés constructifs écologiques, organisation sociale, etc.) ? 

La réponse des industriels à l’urgence sanitaire s’inscrit pleinement dans des démarches RSE, même si certaines solutions ont d’abord relevé de raisons plus économiques que sociétales (continuer à faire tourner les machines, limiter le chômage partiel, etc.). 

« Nous devrons favoriser le dialogue, avec une parole plus libre avec nos clients et notre environnement, en intégrant nos concurrents et les entreprises du territoire, afin de reconstruire un écosystème plus ouvert, plus vertueux, voire constituer des alliances », un industriel.

Des regroupements d’industriels (textile, plasturgie, métallurgie, etc.) et de makers organisent rapidement des productions locales ou régionales en réseaux nationaux pour répondre aux besoins d'utilisateurs finaux

Vers l’émergence de nouveaux modèles industriels visant l’accélération de la production et la diversification vers des activités de plus en plus B-to-C ?
Vers une accélération de l’innovation et de la fertilisation croisée par le développement de partenariats avec les fablabs et makers ?

Plateforme OpenCOVID19-fr et site Covid-Initiatives recensent les fablabs, makerspaces ou particuliers fabriquant des visières ou des valves de respirateurs sur des imprimantes 3D.

Des grappes d’industries agiles, qui sécurisent l’activité de leurs membres en période de crise / Des groupements interdisciplinaires et interterritoriaux mobilisés sur des projets ad hoc

Allons-nous vers plus de réseaux interdisciplinaires renforcés, en complément du mouvement interindustriel amorcé avant la crise ? L’accélération des mouvements intersectoriels pose la question de l’animation des réseaux : vers davantage de transversalité et moins de corporatisme

De nouveaux types de collectifs ont émergé de cette crise sanitaire à l’image de Makers For Life qui réunit plus de 250 femmes et hommes en France et à l’étranger autour d’un collectif de bénévoles et d’un consortium d’organisations publiques et privées (Renault, CEA Grenoble, SEB, les régions Pays de la Loire et Auvergne-Rhône-Alpes, etc.). Leur projet : concevoir un respirateur artificiel open source baptisé MakAir pour venir en aide aux malades de la Covid-19. 

Des modèles basés sur l’open-source, issus du mouvement des makers, qui favorisent la rapidité de production en période d’urgence

Vers un développement de l’open-source dans l’industrie, quitte à renoncer à l’avantage compétitif apporté par les brevets ?

« On est en train de démontrer que l'ouverture des droits de propriété est efficiente pour la société, qu’elle relève, en situation de crise, de l’intérêt général, mais aussi, ce qui est plus surprenant, que cette ouverture nous permet de reconquérir une souveraineté perdue en nous émancipant de dépendances mondiales d’une part et que d’autre part, cette ouverture de la propriété ne s’oppose pas à l’intérêt des entreprises propriétaires elles-mêmes » Isabelle Berrebi-Hoffmann, sociologue.